Covid-19 : Quelles conséquences pour la finance et les entreprises du secteur ?

7 mai 2020

Bref rappel des faits

 

Début décembre 2019, le canton de Wuhan en Chine Centrale est frappé par un nouveau type de virus issu de la famille des Coronavirus. Malgré les mesures de confinement, ce virus se propage rapidement : le 30 Janvier 2020, l’OMS annonce l’état d’urgence sanitaire au niveau mondial, puis le 11 mars l’état de pandémie. A l’heure actuelle, on recense plus de 3,7 millions de cas d’infection, dans 195 pays et territoires et plus de 260 000 décès.

Devant le manque de traitement et de vaccin et pour éviter une propagation encore plus grande, dont les conséquences auraient surement été dramatiques, la majorité des grandes économies de la planète ont décidé de confiner leurs habitants avec des modalités plus ou moins strictes. Ceci a eu pour conséquence de mettre au ralenti ou à l’arrêt de nombreux secteurs de l’économie.

Cette crise sanitaire, sans précédent depuis plus de 100 ans, s’est donc très vite transformée en une crise économique et financière.

Ayant démarrée en chine, où sont produits bon nombre des produits manufacturés (à titre d’exemple : 60% des médicaments génériques et 80% des principes actifs), s’est en premier lieu posé le problème de l’approvisionnement pour de nombreux acteurs économiques.

Avec le confinement, l’économie étant quasiment à l’arrêt, ce problème d’approvisionnement a vite été dépassé pour laisser la place à une crise économique d’ampleur inconnue. Ainsi, les derniers chiffres font état d’une augmentation importante des nouvelles inscriptions à Pôle Emploi depuis le début de la crise (près de 300 000) et d’une explosion bien plus importante encore du nombre de salariés en chômage partiel (à mi-avril 8,7 millions de salariés étaient concernés). Ceci n’est pas grand-chose face à ce qui se passe aux USA, pays où le taux de chômage est certes faible, mais où l’emploi précaire est fortement développé. Dans la première économie du monde, le nombre de chômeurs a bondit de plus de 35 millions en quelques semaines avec des pics à près de 7 millions de nouvelles inscriptions par semaine.

L’économie réelle est donc touchée au plus profond et les dernières prévisions font état d’une diminution probable de 7,5 % du PIB en 2020 pour la zone euro, et probablement encore plus dans les pays les plus touchés par la pandémie (8,2 % en France).

Lorsque le monde a pris conscience de l’ampleur de la crise sanitaire début mars, la panique s’est installée. Elle a conduit à des évolutions des marchés financiers et à des décisions des états et banques centrales sans précédent. Pour éviter que l’économie réelle ne sombre profondément, avec toutes les conséquences qui s’en seraient suivies, ces derniers ont dû réagir très rapidement.

A l’instar de ce qui s’est passé en 2008, la plupart des mesures ont consisté à injecter massivement des liquidités dans l’économie pour éviter, autant que possible, les faillites des entreprises et notamment des PME.

Ainsi, en France, de nombreuses mesures ont été prises pour aider les entreprises, mais aussi les personnes : possibilité de chômage partiel, allègement de charges, prêts bancaires garantis par l’état, …

Aux USA, des mesures relativement similaires ont été prises, avec par exemple des prêts relais pouvant être convertis en dons pour les entreprises qui ne licencieront pas ou réembaucheront, mais aussi des aides directes sous la forme de chèque envoyés aux ménages américains.

Miroir un peu déformé de l’économie réelle, le monde la finance qui n’aime pas le doute et cherche toujours à regarder au-delà de la vallée, a tangué fortement et de manière inédite.  Le COVID-19, virus dont on ne connaît pas encore les conséquences à moyen et long terme et qui, bien évidemment, inquiète au plus haut point les marchés financiers, a déjà eu de nombreuses conséquences spectaculaires sur ceux-ci.

Des marchés financiers incroyablement perturbés

 

La crise sanitaire, puis celle économique qui s’en est suivie, ont induit des mouvements de marché sans précédent, pas forcément par leur ampleur, mais par leur soudaineté :

  1. Le 29 Novembre 2019, une baisse significative des marchés a été ressentie en Europe (-3.17% sur l’EuroStoxx 600 et -2.18% sur le CAC 40) pour revenir à iso le 12 décembre 2019. Cette baisse est expliquée par la réaction des marchés face à une nouvelle menace sur le pays le plus productif du monde.
  2. Le 23 Janvier 2020, l’Europe a subi une seconde baisse significative (-3.53% pour l’EuroStoxx 600 et -4.79% pour le CAC 40) avant de revenir iso le 2 Février 2020, suite à la déclaration d’urgence sanitaire mondiale faite par l’OMS.
  3. Le 20 février 2020, l’Europe a de nouveau subi une baisse, encore plus importante, sur ses marchés actions (-6.93% sur l’EuroStoxx 600 et -7.2% sur le CAC 40) lorsque la pandémie a commencé à se propager.
  4. Enfin, à partir du 4 mars, la prise de conscience qu’une pandémie mondiale d’une ampleur inconnue depuis au moins un siècle était en train de se dérouler, a conduit à des records de baisse jamais observés avec une chute de 26 % du CAC 40 entre le 4 et le 12 mars et des journées à plus de 10 % de baisse sur la majorité des bourses mondiales.

Si elle est unique par sa soudaineté, cette baisse reste, en valeur absolue et à ce jour, assez nettement en deçà de celles observées au début des années 2000 où le CAC 40 avait perdu au total près de 60 % (mais en 2,5 ans), et en 2008 lorsque le même indice avait perdu 55%, mais cette fois-ci en seulement un peu plus d’un an et demi (cf. graphique ci-dessous).

L’accalmie de ces dernières semaines reste cependant fortement conditionnée à ce qu’il se passera lors du nécessaire déconfinement, avec un risque que les marchés réagissent fortement en cas de hausse de nouveaux cas de malades.

Les graphiques ci-dessous se passent de commentaires.

Bien au-delà de la crise du Covid-19, ces graphiques montrent à quel point la volatilité des indices boursiers a augmenté sur ces deux dernières décennies et, bien évidemment, encore plus lors des journées « noires » de début mars où l’on a enregistré des baisses record. Cette volatilité accrue va fatalement peser sur les placements futurs, leur coût en capital pour le secteur financier et sur l’évaluation des risques.

Au-delà du seul marché actions, cette crise financière se répercute aussi sur les courbes de taux avec des effets, qui, s’ils sont issus des mêmes causes, ont des conséquences différentes.

Evolution de l’OAT 10 ans sur les 12 derniers mois

Cette situation, finalement assez stable concernant les taux, met cependant en exergue plusieurs phénomènes :

  • Une très forte volatilité sur la période de début mars atteignant des niveaux jamais observés ;
  • Des taux restant à des niveaux très bas, du fait de politiques d’injections massives de liquidités décidées dans l’urgence ;
  • Un écartement fort des spreads.

Ainsi, le taux des emprunts d’état à 10 ans (L’OAT 10 ans), qui fait office de référence en matière de taux « sans risque » et qui peut être considérer comme une valeur refuge lorsque les marchés boursiers sont en risque a eu une évolution diamétralement opposée à celle des actions : début mars, juste après que le CAC 40 ait perdu 26 % en 8 jours, l’OAT 10 ans s’est apprécié de 75 points de base, passant de -0,37 % à +0,38 %.

Depuis, la panique initiale étant quelque peu passée, il est redescendu très légèrement en dessous de 0 %, revenant ainsi à des niveaux de fin 2019 ou précédemment mi 2019. Pour rappel, le point bas avait été atteint le 15 août 2019 avec une OAT 10 ans à -0,48 %.

Evolution du prix du baril de pétrole

Sur ce dernier point, il est important de noter que les spreads, qui pour rappel sont censés refléter le risque de défaut de l’émetteur, ont dans cette période de forte incertitude économique, fortement augmentés.

De nombreux autres pierres angulaires du monde financier ont aussi été mises à mal. Pour n’en citer qu’une, on peut évoquer le prix du baril de pétrole en chute libre, notamment lorsque les Traders se sont retrouvés coincés en position d’acheteur et sans possibilité de vendre.

Les mesures de sauvegarde d’urgence et les oiseaux

 

Les graphiques montrent, qu’après une période de panique, la situation semble à ce jour s’être relativement stabilisée. Cela n’a pas été sans mal et il aura fallu prendre des mesures totalement nouvelles pour tenter d’éviter un crash boursier inédit.

A titre d’illustration, à la fois de l’ampleur et de la rapidité des mesures prises, le 3 mars la FED a baissé ses taux de 0,5% afin d’inciter les banques à prêter aux marchés ; le 15 mars, elle a descendu ses taux à 0% et injecté 700 milliards de liquidités.  Malgré cela, le marché actions a replongé et le 16 mars, avant même l’ouverture de la bourse de New York, les 700 milliards supplémentaires injectés par la FED avaient été « engloutis ». Les chiffres sont vertigineux, on était alors au paroxysme de la crise financière et des doutes.

Seules les actions concertées des banques centrales et des états, dans cette même logique de déversement de liquidités astronomiques couplées à des garanties supranationales, ont permis de ramener un peu de calme sur les marchés financiers, avec pour conséquence une remontée des différents indices boursiers et, en effet miroir, une baisse des taux et une réduction des spreads. Ces évolutions se basent sur l’espoir que les injections massives de liquidités, voire de fonds propres, vont permettre de réduire les difficultés actuelles et futures des entreprises

Pourtant, à mi-avril, l’économie mondiale est encore quasiment à l’arrêt. Le commerce mondial est désorganisé. La remise en route des indispensables échanges croisés va prendre du temps.

Si ces mesures ont permis d’éviter le pire, il est certain que :

  • les injections de cash pour éviter les faillites ne pourront être pérennes (la dernière prévision de déficit public pour 2020 en France est de plus de 9%, ce qui porterait la dette publique à plus de 115 % du PIB) ;
  • certains secteurs seront plus touchés et auront du mal à se relever ;
  • les entreprises les plus endettées vont être particulièrement en difficulté.

Ainsi, l’accalmie actuelle reste très fragile et sujette à de nombreuses interrogations.

Les incertitudes sur la suite sont au cœur des préoccupations :

  • Quelles modalités de déconfinement ?
  • Quel redémarrage pour l’économie réelle ?
  • Quelles évolutions sur le commerce international ?
  • Quels nouveaux modes de production ?

Un nouveau monde économique et financier semble se profiler. Ces points sont complexes à évaluer à ce jour, mais la principale inconnue réside dans l’évolution du virus, notre capacité à le soigner ou le maîtriser et, en conséquence, dans la manière dont l’économie pourra sortir de cet épisode.

Le calme semble certes presque revenu, mais il n’en reste pas moins que les marchés financiers sont ébranlés, que les modèles mathématiques nécessaires aux analystes et traders sont mis à rude épreuve, que les dettes abyssales seront à traiter et que personne ne sait ni quand ni comment le virus pourrait se réveiller.

Le calme avant une éventuelle nouvelle tempête ? …                                            La fin de « Les oiseaux », le film d’Hitchcock.

Alors, quelles conséquences pour demain ?

 

A ce stade, il n’y a aucune certitude sur la suite.

On sait néanmoins déjà que cette pandémie va bouleverser notre monde et notamment conduire à :

  • de nouvelles modalités de travail et de gestion de la relation client ;
  • de nouveaux comportements ;
  • des évolutions dans les actifs et leur gestion ;
  • une nouvelle appréciation des risques notamment financiers ;
  • de nouveaux contrats, avec notamment la problématique de la couverture ou de l’assurabilité des pandémies ;
  • des évolutions probables de la réglementation et des sécurités.

Tout ceci viendra fortement modifier le fonctionnement de l’économie et en premier lieu celui des entreprises du secteur financier. Nos équipes d’experts aborderont chacun de ces points très bientôt.

A suivre…

Younes Elabdi ; Directeur Associé Asigma